Art Nouveau, Art Déco

Exposition Universelle 1909L'Art Nouveau apparaît dans les dernières décennies du XIXe siècle en réaction contre le style classique jugé sclérosant et dont les artistes se lassent. Ces derniers, dans un désir d’innovation, vont créer des formes originales, inédites, utiliser de nouveaux matériaux et s’affranchir de la rigidité dès règles classiques. L’artiste plasticien Jean-Michel Othoniel, résume ce courant avec justesse à titre postérieur : "Dans l’art nouveau il y a liberté de jouer, de s’amuser, de s’en foutre, d’être non conventionnel : c'est un art sonore, joyeux, musical, ce n’est pas un art du silence, de l’austère."  Si le courant, désireux de revendiquer son acceptation de la différence, fait preuve de trop de diversité pour le cantonner en un style uniforme, sa cohérence se fait dans son état d’esprit de retour vers la nature avec une prise de conscience de sa beauté, sa complexité et sa générosité.

"Quelles fleurs attendre, et quels fruits, si fleuriste et vigneron ignorent les puits d'arrosement, si l'artisan du décor méconnaît la nature, source de fraîcheur, restitution de la sève, bain matinal qui rajeunit, si l'artiste ne pratique pas le culte qui demande et obtient l'inspiration, c'est à dire s'il néglige l'adoration contemplative de la vivante beauté partout répandue ?" Emile Gallé, Gazette des Beaux-Arts, 1897

Les motifs habituellement représentés sont des fleurs, des plantes, des arbres, des insectes ou des animaux. C'est dans cette optique que les anciens matériaux comme le bois, la pierre ont été élégamment mariés avec les nouveaux comme l'acier, le verre. Pour chacun d'eux, des artistes ont poussé leurs recherches à l'extrême pour en tirer le meilleur. C’est le cas notamment à l’Ecole de Nancy, grand centre de rayonnement de l’Art Nouveau autour duquel gravitent aussi de nombreuses figures majeures telles que les frères Mougin et leurs créations en grès porcelainique.

L'Ecole de Nancy se distingue par une réhabilitation du gothique flamboyant et du rococo. Dirigée par Emile Gallé, puis Victor Prouvé, elle regroupe Louis Majorelle, Daum Frères, Ernest Bussière, Eugène Vallin, Emile André, Hokkai Takashima et d’autres. La présence de ce dernier, à Nancy, de 1885 à 1889, aura un impact sur le thème oriental de nombreuses œuvres. L’Ecole de Nancy est définie par ses fondateurs comme l’alliance provinciale des industries d’art. Elle regroupe de nombreuses disciplines telles que l’architecture, la verrerie, l’ébénisterie, le travail du bronze d’art, de la faïence, de la céramique… Son déclin est marqué par la mort de Gallé en 1904 et clôturé en 1909 par l’Exposition internationale de l’Est de la France où les artistes exposent ensemble une dernière fois.

L’Art Déco naît lui aussi d’une réaction, contre le naturalisme Art Nouveau. Il trouve son inspiration dans la civilisation de l’Égypte ancienne, l’art ancien Maya d’Amérique centrale, l’art tribal, le surréalisme, le futurisme, le constructivisme mais aussi le Néo-classicisme.

Le Bauhaus, célèbre école allemande fondée en 1919 par l’architecte Walter Gropius et qui a contribué de manière importante à l’Art déco, tend à rapprocher les beaux arts des métiers d’art ouvrant des classes d’artisanat telles que la sculpture, la peinture ou l’architecture.  Son slogan "art et technologie, une nouvelle unité" explicite une volonté de modernité. On recherche la simplicité, la géométrie et la cohérence structurelle. Les ornements superflus sont abandonnés, afin de faire apparaître des lignes épurées. On laisse apparaître de plus en plus des formes droites inspirées par la peinture cubiste (Pablo Picasso), ainsi que couleurs audacieuses rappelant le fauvisme (Henri Matisse).

Paradoxalement, le mouvement Art déco regroupe deux tendances très différentes. La première s’adresse à une élite fortunée recherchant luxe, perfection et pièces uniques. La seconde au contraire s’inscrit dans la production industrielle pour une clientèle de masse. On retrouve ces deux phénomènes chez les frères Mougin dont les œuvres furent pour certaines reproduites en séries lors de leur contrat à la faïencerie de Luneville. Ces derniers y ont édité des artistes tels que Géo Condé, Auguste et Gaston Goor, Victor Guillaume, Henri Guillaume et André Legrand.